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Le 18 septembre 2020  ̶  « S’il n’y avait que des photos de chats sur le site, s’il n’y avait plus d’information, est-ce qu’on aurait autant de raisons d’y retourner? J’ai des doutes. » Jean-Hugues Roy, professeur à l'École de médias de l'UQAM. Contrairement à ce que laissent entendre les dirigeants de Facebook, « les contenus journalistiques ont de la valeur », affirme le professeur de l’École des médias Jean-Hugues Roy. Selon ses calculs exposés dans un récent article de La Conversation, les articles d’entreprises médiatiques canadiennes ont permis à la plateforme de partage d’engranger plus de 300 millions de dollars sur une période de deux ans et demi, de janvier 2018 à juin 2020, dont 81 millions grâce aux médias francophones.

Quand on compare ces chiffres avec les 9 millions de dollars que Facebook affirme avoir versés à différents projets de journalisme au Canada au cours des trois dernières années, selon un article du Devoir paru le 5 septembre dernier, on s’aperçoit de l’abysse « entre ce que les médias permettent à Facebook de générer comme revenus et ce que Facebook leur retourne », écrit Jean-Hugues Roy. En fait, selon la méthode de calcul retenue, c’est entre 315 et 530 millions de dollars canadiens qui seraient venus grossir les revenus de la plateforme de partage de janvier 2018 à juin 2020, grâce aux articles des médias d’ici. « Au Canada, donc, Facebook fait entre 35 et 58 fois plus d’argent avec les médias qu’il n’en verse à ces derniers », ajoute l’ex-journaliste de Radio-Canada dans son article.

Ce n’est pas la première fois que le professeur se livre à de tels calculs. En 2018, il avait estimé que les médias québécois avaient rapporté 23 millions de dollars à Facebook, selon un article publié dans Medium portant sur l’année 2017. «J’ai voulu mettre ces chiffres à jour en utilisant des données plus fiables», explique Jean-Hugues Roy, qui précise s’être basé sur des documents et des données fournies par Facebook.

Un débat qui reprend de la vigueur
Le professeur souhaite apporter de l’eau au moulin à l’heure où le débat sur le partage des revenus publicitaires captés par les géants du web reprend de la vigueur. En effet, le ministre canadien du Patrimoine Steven Guilbeault a récemment réitéré sa promesse d’obliger les plateformes à compenser les producteurs de contenus canadiens. L’Australie vient, par ailleurs, de déposer un projet de loi pour forcer Facebook et Google à s’entendre sur une formule de partage avec les entreprises médiatiques. Ce projet a suscité les foudres de Facebook, qui a menacé d’empêcher le partage de nouvelles australiennes sur sa plateforme si le gouvernement va de l’avant.

« Facebook se tirerait dans le pied en faisant ça, croit Jean-Hugues Roy. S’il n’y avait que des photos de chats sur le site, s’il n’y avait plus d’information, est-ce qu’on aurait autant de raisons d’y retourner? J’ai des doutes. »

Le professeur aime bien l’approche proposée par le gouvernement australien. «Si elle est adoptée, la loi forcerait Facebook à négocier avec les médias, sans dicter ce qui doit en ressortir. Autrement dit, cela donne de l’autonomie à Facebook et aux médias pour trouver un accord avantageux pour les deux parties. Évidemment, si Facebook refuse de s’assoir à la table, des amendes sont prévues. Mais je pense qu’on en est rendu là.»

Une relation inéquitable
Selon Jean-Hugues Roy, l’argument selon lequel les entreprises médiatiques sont libres de publier ou non leurs contenus sur Facebook ne tient pas la route. «Il est vrai que les médias déposent eux-mêmes ces contenus et qu’ils ne sont pas obligés de le faire, dit-il. Mais il faut voir comment a commencé la relation entre Facebook et les médias.»

Au départ, Facebook est allé voir les entreprises médiatiques et les a encouragées à publier leurs contenus sur la plateforme en leur faisant valoir que cela serait bon pour les deux parties, rappelle le chercheur. Facebook vendrait de la publicité, mais, en échange, générerait du trafic sur les sites des médias. Le problème, c’est que Facebook a drainé pratiquement tous les revenus publicitaires. «La relation est devenue inéquitable puisque l’une des deux parties en a bénéficié beaucoup plus que l’autre», observe le professeur.

Selon Jean-Hugues Roy, un meilleur partage des revenus serait triplement gagnant. D’abord pour les entreprises de presse, qui auraient davantage de moyens pour embaucher des journalistes. Ensuite pour le gouvernement et les citoyens canadiens, «car soutenir la production d’information est une façon concrète de combattre la désinformation». Enfin pour Facebook lui-même, qui a intérêt à ce que les Canadiens, assurés d’y retrouver une information de qualité, demeurent abonnés.

« Si, comme ses dirigeants l’affirment, l’information de qualité est importante pour eux, ils doivent le montrer. Et ce n’est certainement pas en affamant ceux qui produisent ces contenus de qualité qu’ils vont lutter contre la désinformation. » Jean-Hughes Roy, professeur à l'École des médias.

« Ce serait au bénéfice de Facebook d’être un bon citoyen corporatif, croit le professeur. Si, comme ses dirigeants l’affirment, l’information de qualité est importante pour eux, ils doivent le montrer. Et ce n’est certainement pas en affamant ceux qui produisent ces contenus de qualité qu’ils vont lutter contre la désinformation. »

Demander à Facebook de partager ses recettes publicitaires ne réglera pas la crise des médias, convient Jean-Hugues Roy, mais cela pourrait y contribuer. « L’idée, ce n’est pas de fermer Facebook, ni de le boycotter, dit-il. Facebook est un bon moyen de partager de l’information. Mais comme pour n’importe quelle nouvelle technologie, il faut trouver des moyens de s’y adapter. Il faut faire en sorte d’établir une relation équitable pour qu’une part des revenus générés par Facebook percole vers les médias locaux. »

Cet article a d'abord été publié dans Actualités UQAM le 18 septembre 2020.

Le professeur Jean-Hugues roy est disponible pour accorder des entrevues. Vous pouvez le joindre directement par courriel roy.jean-hugues@uqam.ca ou par l'entremise de la soussignée.

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Source
Julie Meunier
Conseillère en relations de presse
Division des relations avec la presse et événements spéciaux
Service des communications, UQAM
Tél. : 514 895-0134
meunier.julie@uqam.ca

 

 

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